09/01/2011

Ghetto de Lublin

Peu avant la seconde guerre mondiale, environ 40.000 Juifs habitent à Lublin, soit un tiers de la population totale de la ville. Lublin est un centre important de la religion, de l’éducation et de la vie sociale juive. Dans les années 1930 est créée la « Yeshiva Chachmei Lublin » (Yeshiva des sages à Lublin), une yeshiva (lycée rabbinique) célèbre dans le monde entier… Avant la guerre la communauté juive de Lublin compte 12 synagogues, environ 100 maisons de prière privées, 3 cimetières, un hôpital juif, un orphelinat, une maison pour les personnes âgées, des écoles et 2 journaux : « Lubliner Tagblat » (« Le quotidien de Lublin ») et « Lubliner Stimme » (« La voix de Lublin »), tous édités en yiddish. Dans la ville les associations et organismes juifs sont très actifs. Les juifs ont leur propre représentation dans le conseil municipal. Ils dominent le commerce, possèdent plus de 50% des ateliers et environ 30% des usines. Par contre, et c’est une situation spécifique à Lublin, l’assimilation ne s’est pas faite : des 40.000 Juifs, seuls environ 1.000 parlent le polonais à la maison. Et seule la majorité de la jeune génération parle couramment le polonais…`
Le 18 septembre 1939 les troupes allemandes entrent dans la ville, après un bombardement en règle et une courte bataille dans les faubourgs. Beaucoup de bâtiments sont détruits et de nombreux habitants ont fui. Le 14 octobre la communauté juive reçoit l’ordre de payer 300.000 zlotys de contribution à la Wehrmacht. Les soldats allemands traînent des juifs dans les rues et les forcent à travailler. Beaucoup sont battus ou torturés. Les soldats pillent les magasins et les appartements juifs. Mais le pire est à venir : Le 25 octobre la population juive de Lublin est enregistrée : 37.054 juifs vivent dans la ville. Beaucoup de jeunes et des activistes politiques ont quitté Lublin et se sont réfugiés dans la partie de la Pologne occupée par l’Union Soviétique.
L'administration civile allemande, sous les ordres du Gouverneur Zörner est organisée le 1 novembre 1939, après l'établissement du « Generalgouvernement ». Le 9 novembre 1939 le SS-Brigadeführer Odilo Globocnik est nommé SS- und Polizeiführer de la zone de Lublin. Ce même jour le premier reclassement des juifs a lieu dans la ville : Au petit jour les SS cernent le centre de ville et expulsent les juifs de leurs appartements. La plupart d'entre eux perdent leur appartement en quelques minutes. Tous les Juifs sont « recasés » dans la ville juive et la vieille ville. Bon nombre de Juifs décident aussi de quitter la ville. Toujours au cours du mois de novembre, les autorités allemandes ordonnent que tous les magasins, ateliers et usines juifs soient marqués et identifiés de l'étoile de David. À partir de décembre 1939 le port d’un brassard à l’étoile est rendu obligatoire. Cette mesure constitue un grand choc pour beaucoup d’habitants.
Fin 1939 est constitué le Judenrat (le Conseil juif) de Lublin. Il est composé de 24 membres et est créé par les Juifs eux-mêmes, après maintes discussions concernant la collaboration avec les forces d'occupation. Le président élu du Judenrat est Henryk Bekker (avant la guerre il était chef du « Folkspartaj » à Lublin, député au Conseil municipal et président du Conseil de la Communauté juive). Les vice-présidents du Judenrat sont le Dr Marek Alten (un avocat, ancien officier austro-hongrois et un des chefs de l'organisation sioniste de la ville) et Salomon Kestenberg (célèbre négociant en papier et vice-président du conseil de la Communauté juive d'avant-guerre). Bekker sera un président très actif et très utile à la communauté. En même temps que le Judenrat, sont créées d’autres organisations comme la « Jüdische Soziale Selbsthilfe » (aide sociale) et divers comités. Le Judenrat gère l'hôpital, l’orphelinat et la maison des personnes âgées.
La zone de Lublin devient un « Judenreservat » (« réserve » juive) : Tous les juifs du « Generalgouvernement », des zones polonaises occupées et du Reich allemand vont y être déportées. Jusqu'en février 1940, 6 300 juifs sont expulsés dans la zone de Lublin, dont 1.200 juifs allemands de Stettin. La plupart d'entre eux est enfermée dans de petits ghettos à Piaski, Glusk et Belzyce. Par ailleurs, en 1940 les SS et la police concentrent les Juifs à Lublin et dans ses environs. Des milliers d’hommes sont envoyés dans le camp de travail de Belzec où ils sont chargés de construire des fortifications et une ligne de défense face à l’Union Soviétique. De nombreux meurent à cause des terribles conditions qui leur sont faites.
Constitution du ghetto
Jusqu'en mars 1941 beaucoup de juifs vivent toujours dans leurs propres appartements, hormis au centre de ville où il ne leur est même pas permis d’arpenter la rue principale. Ils travaillent pour des établissements et des compagnies allemandes, comme par exemple dans le camp de travail du N°7 de la rue Lipowa. Très souvent les Allemands effectuent des « Aktionen » dans la zone juive pour y chercher des Juifs pour le travail. L’administration allemande, les officiers et même les soldats allemands continuent à piller les magasins et les appartements juifs. Le gouverneur de Lublin Zörner ordonne en mars 1941 l'établissement d'un ghetto. Il comprend la partie la plus ancienne et la plus pauvre de la zone juive historique de la vieille ville. Quelques jours avant l'installation du ghetto environ 14.000 juifs de Lublin (les plus pauvres et les inactifs) sont « reclassés » dans plusieurs petites villes de la zone de Lublin, (d’où beaucoup reviendront illégalement). Autour 40.000 Juifs vivent toujours dans la ville.
Jusqu'en mars 1942 le ghetto n'est pas hermétiquement clos, mais les juifs n'ont plus l'accès aux « rues aryennes ». Beaucoup de familles juives, particulièrement celles qui travaillent comme spécialistes pour les établissements allemands, vivent toujours en dehors du ghetto. Les conditions de vie à Lublin ne sont pas aussi dures que dans les ghettos de Varsovie ou de Lodz, particulièrement en ce qui concerne le manque de nourriture. Dans le ghetto de Lublin les Juifs restent en contact avec le monde extérieur, leur permettant de passer de la nourriture en contrebande à l'intérieur du camp. Même les journaux nazis relatent largement le système du commerce illégal à grande échelle dans le ghetto. Fin mars 1942 beaucoup de juifs de Varsovie s’échappent à Lublin, croyant trouver une ville plus riche avec beaucoup de nourriture. En effet le plus grand problème du ghetto de Lublin n'est pas le manque de nourriture, mais l’hébergement avec ses appartements surpeuplés où sévit le typhus.
À partir d'octobre 1941 l'administration nazie prépare l'expulsion des juifs de Lublin, hormis 25.000 juifs qui travaillent pour l'armée, les SS et la police allemande. En décembre 1941 un groupe de jeunes juifs est emmené à Majdanek pour construire le camp. Début 1942, le ghetto est divisé en deux parties :le « Ghetto A » dénommé Grand Ghetto avec les juifs ne travaillant pas et le « Ghetto B », situé dans les meilleures rues du ghetto (rue Grodzka, rue Kowalska, rue Rybna). Dans le ghetto B s’établissent le Judenrat et ses services. Les Juifs qui travaillent pour les Allemands y vivent avec des médecins des hôpitaux juifs. Le ghetto B est entouré d’une clôture de barbelés. On permet aux Juifs vivant dans les deux parties du ghetto de s’y rendre à des heures fixes, uniquement en journée, et avec une permission spéciale. Au moment où le ghetto est divisé, la décision de la déportation des juifs de Lublin vers le camp de la mort de Belzec a déjà été projetée par l’état major de Globocnik.

Déportations
Plusieurs jours avant que les déportations ne commencent, les SS enregistrent tous les ouvriers juifs. La Sicherheitspolizei (police de sécurité) appose un timbre sur leurs cartes d'identité qui les exempte de la déportation. Ils sont déplacés dans le ghetto B. Le 16 mars 1942, quelques heures avant le début de la liquidation de ghetto, le SS-Hauptsturmführer Hermann Höfle réunit tous les responsables nazis de Lublin et les met au courant de l’expulsion de tous les Juifs sans emploi à Belzec. Ces personnes ne devaient jamais revenir, et les ouvriers Juifs seront établis dans le grand camp de Majdanek qui deviendra le réservoir principal de la force de travail juive pour les usines allemandes de la ville. A 10 heures du matin, le ghetto est entouré par les SS et les « Trawnikis ». Ils incendient la rue principale du ghetto et assassinent sur place nombre de Juifs, particulièrement les personnes âgées et les malades, semant la panique dans le ghetto. Deux heures plus tard le SS-Hauptsturmführer Hermann Worthoff de la Gestapo Lublin, responsable des affaires juives, rencontre le Judenrat et lui signifie que chaque jour environ 1.500 personnes seront expulsées « à l'est, pour le travail ». Chacun sera autorisé à emporter 15kg de bagages pour le voyage, avec les objets de valeur et l'argent.
Le premier groupe est amené à la Grande Synagogue, utilisée désormais comme lieu de rassemblement. Emmenés dans la nuit à l'Umschlagplatz, près de l'abattoir de ville, les premiers Juifs de Lublin sont dirigés le matin du 17 mars 1942 sur le camp d'extermination de Belzec. A ce moment là, aucun des Juifs ne connaît ni le destin de ces déportés ni la destination des convois. Quelques jours après le début de la déportation, un jeune garçon réussit à s’échapper de Belzec. Revenu à Lublin, il raconte la fin tragique des déportés. Personne ne le croit.
Jusqu'au 14 avril 1942 environ 26.000 juifs de Lublin sont envoyés à Belzec. Environ 200 enfants de l'orphelinat juif sont exécutés avec leurs tuteurs dans une banlieue de Lublin. Plusieurs centaines de patients des hôpitaux sont tués d’une balle dans la nuque dans la forêt de Niemce (15 kilomètres de Lublin), ainsi que les médecins et les infirmières. Durant l’« Aktion » les SS changent leur règlement concernant les « Juifs de travail ». Tout ceux qui travaillent pour les Allemands échangent leur carte d'identité contre un « Juden-Ausweis ». Ces personnes sont exemptes des prochaines déportations et elles sont 2.500 qui ont le droit de rester officiellement dans le ghetto.
Le 30 mars 1942 Worthoff ordonne la sélection des membres de Judenrat et d'autres fonctionnaires. Le président du Judenrat Henryk Bekker et d'autres membres influents de Lublin (parmi eux le Dr Josef Siegfried, président de la « Jüdische Soziale Selbsthilfe », l’aide sociale) sont déportés et gazés à Belzec le jour même. Bekker connaissait probablement le sort qui leur était réservé : il se rend au train de déportation en portant l'habit juif rituel et sans bagages. 35 policiers juifs et leurs familles font partie du même convoi. Les déportations sont stoppées le 14 avril 1942. Les SS apprennent qu’environ 7 à 8.000 juifs sont toujours cachés dans les caves des logements du vieux ghetto. Worthoff et les responsables des déportations (Dr Harry Sturm, Walther Knitzky et Kalich) décident le transfert de tous les Juifs restant dans le petit ghetto de Majdan Tatarski, une banlieue de Lublin.
vailler au « Flugplatz », là où toues les affaires prises aux victimes de l’« Aktion Reinhard » sont triées. Avant la guerre approximativement 1.500 personnes polonaises habitaient à Majdan Tatarski, principalement des ouvriers de l’usine d’avions Plage-Laskiewicz. Dans ce nouveau ghetto beaucoup de personnes passent leurs nuits dans les rues et les cours à cause du manque de place. Le 22 avril 1942 environ 2.500 à 3.000 personnes, principalement des femmes avec des enfants, n'ayant aucun « J-Ausweis » (carte d'identité juive), sont déportées au KL Majdanek ; de là 2.000 à 2.500 sont emmenées et tuées par balle dans la forêt de Krepiec ; 200 à 300 hommes « aptes au travail » restent au KL Majdanek. A Majdan Tatarski, restent 4.000 Juifs.
Après cette sélection du 22 avril, le ghetto de Majdan Tatarski est clos par une ceinture de barbelés. Le président du nouveau Judenrat est le Dr Marek Alten, mais l'homme le plus influent est Shama Grajer, ancien coiffeur et propriétaire de l’ancien hôtel de ville. Intime de la Gestapo dans le ghetto, il accueille dans son restaurant de la rue Lubartowska le personnel SS chargé de la déportation, leur fournit les meilleures boissons et des musiciens Juifs. Grajer vend même pour des milliers de zlotys des « J-Ausweise » et participe à la corruption de nombreux SS. A Majdan Tatarski il est surnommé « le roi juif ». Il va participer aux prochains choix des déportations et décider de qui serait choisi pour Majdanek...
Liquidation du ghetto :
En septembre 1942 environ 1.000 juifs sont expédiés dans le ghetto de transit de Piaski près de Lublin. Le convoi suivant est sélectionné le 24 octobre. Parmi les déportés, un groupe de juifs « privilégiés » (fonctionnaires de l’Arbeitsamt et ouvriers de la compagnie de Viktor Kremin) jusqu’à présent exempts de déportation. Ils sont envoyés au KL Majdanek. Le 9 novembre 1942, sur ordre de Himmler (il faut achever les déportations des ghettos du Generalgouvernement vers camps de la mort et de concentration jusque à fin décembre 1942), un dernier groupe d'environ 3.000 juifs de Majdan Tatarski est déporté à Majdanek. Environ 180 personnes sont exécutées dans le ghetto, pour la plupart des enfants et des personnes tentant de se cacher dans les caves. Hermann Worthoff exécute personnellement le Dr Marek Alten, Shama Grajer et Moniek Goldfarb, commandant de la police juive du ghetto, sur ordre personnel d'Odilo Globocnik afin d'éliminer tous les témoins de la corruption des SS.
A Majdanek de nouveaux convois sont sélectionnés : les personnes âgées et les enfants sont envoyés aux chambres de gaz, les gens capable de travailler restent au camp. Quelques prisonniers du camp sont transférés dans d'autres camps de travail de Lublin comme au 7 rue de Lipowa, au Flugplatz, au Sportplatz et dans plusieurs autres ateliers plus petits. Des ouvriers qualifiés sont transférés dans la prison dans le château de la Gestapo servant de prison où ils travaillent comme « Hofjuden », serviteurs personnels des officiers de la Gestapo et de leurs familles. Tous ces juifs de Lublin vont survivre jusqu'au 3 novembre 1943 date de l’« Aktion Erntefest » : ce jour là environ 18 000 juifs des différents camps de Lublin sont exécutés à Majdanek. Le dernier groupe de juifs de Lublin, qui travaillent au château survit jusqu’en juillet 1944. Ils sont tués les 21 et 22 juillet, quelques heures avant que l'armée rouge ne libère la ville.

Environ 26.000 juifs ont été déportés au camp de la mort de Belzec entre le 17 mars et le 11 avril 1942 du ghetto de Lublin. Ils sont tous rassemblés dans la grande Synagogue de la rue de Jateczna au centre du ghetto, et doivent faire à pied un parcours de 4 à 5 kilomètres les séparant de la rampe de chargement située près de l'abattoir de ville, une usine moderne construite à Lublin en 1927. Cette rampe avait été employée uniquement pour des chargements industriels jusqu'au moment où arrivent les Allemand. Le bâtiment et la rampe sont cachés de la vue des habitants de la ville. Même les ouvriers polonais qui travaillent dans l'abattoir ne peuvent voir les détails de la déportation, parce que la rampe est entourée par les murs des bâtiments de l’usine et par des barbelés.
D’après les ouvriers polonais qui travaillent à l'abattoir à ce moment-là, on ne pouvait entendre que les cris perçants des centaines de personnes et les rafales de mitraillettes. Les convois de déportés partent tôt chaque matin. Occasionnellement, quelques trains stationnent durant 2 ou 3 jours et, venant des wagons à bétail surchargés on pouvait entendre les cris perçants des personnes emprisonnées. Sur le quai, il n'y a aucun corps de personnes abattues au moment du chargement : les cadavres des Juifs tués sur l'Umschlagplatz sont chargés avec les vivants dans les wagons à bétail en attendant le départ du convoi. Les cheminots polonais font rapidement circuler des rumeurs sur le sort des Juifs de Lublin de l'Umschlagplatz. Ils voient en effet de nombreux morts, exécutés sur le quai ou mort dans les trains. Quelques juifs tentent de s’échapper de l'Umschlagplatz en se cachant dans les abattoirs… mais aucun ne réussit : l'usine, produisant de la viande pour l'armée allemande, était sous la garde étroite de la Wehrmacht ; tous les ouvriers et employés des abattoirs sont donc surveillés des très près par les Allemands, et plus particulièrement durant la période des déportations. Quiconque tente de s'échapper est repris et ramené à l'Umschlagplatz.
Il n'existe aucun témoignage d’une personne qui se serait échappé de l'Umschlagplatz. Durant des investigations d'après-guerre et les procès des SS responsables des déportations du ghetto de Lublin, aucun détail n’a été trouvé ou fourni au sujet de cette rampe de chargement… L'endroit a été totalement oublié après la guerre. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’un groupe d’habitants de Lublin a projeté de réaliser un mémorial, réalisé en 1990 à l'Umschlagplatz, représentant une rampe symbolique et une plaque commémorative.







Lubartow, est une ville située à 30 kilomètres au nord de Lublin où une communauté juive existe depuis le XVIème siècle
La plupart des Juifs résident au centre ville, où ils dominent l’artisanat et le commerce local. Avant la guerre, les Juifs possèdent la majorité des 130 magasins de Lubartow. La communauté juive possède trois synagogues et deux cimetières. Le vieux cimetière est situé au centre de la ville mais n’est plus utilisé depuis le XIXè. Le nouveau cimetière se situe dans une banlieue de la ville. La population juive de Lubartow est typique des villes provinciales, « Shtedl » de la région de Lublin. La plupart des juifs adultes sont orthodoxes et conservateurs ; Les plus jeunes s’impliquent plus dans la vie politique et culturelle. A la veille de la guerre, la population juive de Lubartow est de 3.411 habitants sur une population totale de 8.121 personnes.
L'armée allemande s’empare de Lubartow le 19 septembre 1939. La plupart des Juifs sont restées dans la ville, espérant que l’armée Soviétique devancerait la Wehrmacht. Dès l’occupation allemande, les jeunes juifs organisent des évasions vers le territoire polonais occupé par les Soviétiques.
La première exaction de masse contre les juifs et le pillage des biens Juifs a lieu le 12 octobre 1939. Tous les Juifs reçoivent l’ordre de se rassembler sur la place du marché où ils sont cernés par les soldats allemands, armés de mitraillettes. En même temps, d'autres soldats pillent tous les magasins et appartements juifs. Ce qui ne peut être pris est détruit.
Début novembre 1939, peu de temps après cette « Aktion », la communauté juive de Lubartow est obligée de quitter la ville. Hormis 818 personnes qui doivent travailler pour les Allemands, ils sont expulsés dans les villes voisines de Firlej, Ostrow Lubelski et Kamionka. On leur permet de prendre avec eux leurs biens personnels et un peu d'argent. Ils pourront revenir en septembre 1940 sauf quelques uns qui avaient réussi à corrompre les Allemands et à revenir plus tôt.
Pour ceux qui restent à Lubartow, un Judenrat est créé fin 1939. Son premier président est Jakub Mordko Lichtenfeld, rapidement remplacé par Dawid Perec. Les membres du Judenrat choisissent la coopération avec les Allemands… En même temps que le Judenrat les Allemands mettent en place une unité de police juive de 11 membres. Le ghetto de Lubartow n'est pas fermé : Les juifs vivent au centre de la ville, principalement autour des deux places du marché.
Après le retour des Juifs à Lubartow en septembre 1940, le Judenrat organise une soupe populaire car parmi les habitants il y a beaucoup de familles pauvres. Indépendamment des juifs de Lubartow, 1.000 autres juifs arrivent de Ciechanow, ville incorporée au Reich à la fin de 1940. Au début de 1941, un grand nombre les juifs de Lublin sont encore reclassés à Lubartow. La plupart d'entre eux sont très pauvres.
Les SS organisent la première déportation de Lubartow le 9 avril 1942, le dernier jour de la Pâque juive. Tous les Juifs sont rassemblés dans la cour de la synagogue où les SS font une sélection. 800 personnes qui n'ont pas de cartes de travail sont envoyées à la gare pour Belzec.
Trois jours plus tard, des convois de juifs expulsés de Slovaquie arrivent à Lubartow. Jusqu'au début mai 1942, ils sont 2.421 juifs slovaques à arriver à Lubartow, principalement des personnes âgées, des femmes et des enfants, les hommes capables de travailler ayant été sélectionnés à Lublin et envoyés au KL Majdanek. Les juifs slovaques sont parqués dans l'ancienne écurie allemande de la rue Legiony. Un habitant polonais de Lubartow raconte : « Ils diffèrent de nos Juifs. Ils ne portent pas de chapeaux ni les yarmulkes (kippas) traditionnels. Leurs femmes ont les cheveux onduleux et au lieu de perruques, portent des chapeaux. Elles sont habillées à la mode et leurs maris portent des costumes. Elles n'ont pas mis des brassards avec l'étoile bleue, mais ont fait faire des étoiles en tissu jaune et les portent sur la poitrine. Elles sont obligées de dormir dans la paille sale mais chaque matin elles sortent de la caserne, propres et bien mises. Les Polonais de Lubartow et les Juifs locaux sont très attirés par eux. Et les policiers juifs, souvent très brutaux envers les Juifs de Lubartow, perdent leur l'assurance vis-à-vis des Juifs de Slovaquie. Les habitants de la caserne de la rue Legiony (Juifs Slovaques) ne sont pas restés longtemps à Lubartow. Ils ont soudainement disparu. » Après quelques jours ils ont en effet été « reclassés » à Firlej et Ostrow Lubelski.
La déportation finale de Lubartow a lieu le 11 octobre 1942. Tous les Juifs de Lubartow sont rassemblés avec ceux de Kamionka, Tarlo, dFirlej et Ostrow Lubelski, soit 40 000 personnes en tout. Après sélection, un petit groupe d’hommes est envoyé à Majdanek. Tous les autres sont envoyés dans les chambres à gaz de Treblinka. Par colonnes de 4 quatre ils sont menés de la rue Lubelska à la gare. Ils sont enfermés dans des wagons à bestiaux sur les planchers desquels avait été étalée de la chaux vive… de sorte qu'ils suffoquent. Durant le chargement, les Allemands tirent et tuent les juifs sur les marchepieds ou sur les plateformes… Peu de gens réussissent à se cacher ou à s’enfuir entre le marché et la gare. Parmi les juifs d'Ostrow Lubelski déportés de Lubartow à Treblinka, Chiel Reichman réussit à survivre. Les juifs qui tentent de se cacher sont tués ; certains sont découverts dans le nouveau cimetière, où environ 300 juifs sont exécutés.
Quelques juifs sont arrêtés plus tard et envoyés au ghetto de Piaski. En même temps que leurs familles, les membres du Judenrat sont reclassés dans le ghetto de Leczna, où la plupart d'entre eux seront tués en novembre 1942. Officiellement, quelques juifs qui travaillent pour la gendarmerie allemande restent à Lubartow. Le 29 janvier 1943, ils sont exécutés dans le cimetière juif. Après la dernière déportation, les Allemands détruisent les synagogues et les cimetières juifs de la ville. Les pierres tombales juives sont employées comme matériau pour paver la cour de l'école de la rue Cicha, où logent des soldats de Wehrmacht.
Seuls 40 juifs de Lubartow survivent à la guerre. 5 d'eux ont été cachés à Lubartow même, d'autres se sont cachés dans les forêts voisines de la ville. En même temps que son père et oncle, Raya Weberman a été cachée à Lubartow par un fermier polonais, Adam Butrin, pendant deux années…
En 1945, d'autres survivants juifs sont revenus d’Union soviétique. En raison de l'hostilité antisémite à Lubartow, pratiquement tous les survivants ont émigré dans les années 1945 - 1946. Un seul juif est resté à Lubartow. Il est mort là au début de 1990.


21:45 Écrit par cheana | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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