09/01/2011

Tarnow Première visite

Ma première sortie à Tarnow, le soir de mon arrivée reste un moment fort.
La souffrance y est palpable. Plus qu’à Birkenau.Le sol de Birkenau raconte. Pour cela il faut le toucher. Prendre le temps de l’écouter.
Seul le regard ne suffit pas. Il faut regarder Birkenau avec le cœur. Regarder avec les yeux donne une vague dimension de l’étendue.
Les pierres dans le vieux centre de Tarnow hurlent.La souffrance est oppressante, terrifiante. Je sens intensément la douleur, la peur et la mort violente.Il ne m’aura fallu que quelques minutes pour ressentir et vivre cette horreur. Comme si le temps s’était arrêté.
A Tarnow dès le soleil couché après un ciel rouge sang, les pierres, malgré l’animation sur la place, les pierres hurlent plus fort que tout.Une tristesse infinie submerge. Malgré la gentillesse et l’accueil les tripes se nouent.Surgît le besoin vital de hurler à la mort.
L’impression étrange de se sentir vivante et morte en même temps. Il s’agit d’une sensation forte. Une question s’impose, perturbe toute pensée rationnelle : suis-je la seule juive vivante ici et maintenant ?
Une fois encore, errer telle une âme en peine. Mon âme souffre plus qu’à Birkenau.personne ne doit m’expliquer ce qui s’est passé, ni où.
Cette souffrance, je ne l’ai pas ressentie à Cracovie dans l’ancien ghetto (Podgorze). Je n’y sentais protégée, entourée, pleine d’espoir.
Ici à Tarnow c’est la peur, l’angoisse et l’effroi qui me paralyse.
Une idée forte totalement subjective, me traverse l’esprit. Et si je devais mourir ici ? pour la première fois de mon existence mouvementée, l’idée d’être assassinée parce que juive est une évidence. C’est assez logique d’avoir cette pensée.
Pourtant ma mère fut assassinée pour cette raison et mon grand-père après la guerre. J’y ai échappé, ce n’est pas du hasard. C’est ma destinée, d’être la seule survivante de la terreur bolchevique envers les Juifs.
Le libre-arbitre est une obligation pour tout juif. Cela les bolchevique ne pouvait prendre le risque de le permettre.
Puis un jour d’été je me retrouve voyageant dans un camion en direction d’Oswiecim.
Durant les premiers mois, mon activité principale fut de prier, tant dans la ville, que dans la synagogue et qu’à Birkenau.Cela s’est imposé naturellement en moi. Ce fut lourd, difficile et éprouvant. Tel un défit à l’oubli. J’en suis sortie plus forte, plus sereine et surtout plus humaine.
La vie s’est enracinée. Cela chaque seconde plus profondément en moi.aujourd’hui me voici à Tarnow. Pourquoi ? Je ne le sais pas encore. Mais je sens avec certitude que l’endroit tant recherché par moi je l’ai trouvée. Il ne s’agit pas du lieu de ma naissance. Mais « autre chose ».
Je suis allée à Prague, à Cracovie, je sentais que j’approchais. À Prague, je pensais que toutes les images venues du tréfonds de mon subconscient se trouvaient probablement à Cracovie.Je suis allée, j’ai chercher sans jamais trouver cet endroit mystérieux.
J’ai errer dans Kazimierz, à Pordgor, dans l’ancienne usine Shindler. J’y suis retournée encore et encore.
Lorsque je pensais ne jamais trouver cet endroit qui m’attirait je le trouve.
Pourquoi ais-je penser à Tarnow ? Je ressentais, pensais-je, le besoin de tout oublier. Pour une fois ne penser qu’à moi, me distraire.
Là, je me trouve dans cet endroit que j’ai tant cherché tant visiter dans mes rêves
Il me faut du temps, trouver de l’énergie après ce séjour à Tarnow.Je ne sais pas dans quel état je serai à la fin de ce séjour.Je ne sais pas comment se passera ma première nuit. Quels seront mes rêves ou mes cauchemars
.Par chance, j’ai avec moi ma meilleure amie : ma clarinette. Un simple regard vers elle me suffit à surmonter bien des difficultés.D
emain ce sera mon premier Chabat. Sera-t’il l’unique ou le premier ?
Ce que j’ai ressenti à mon arrivée à Tarnow s’est révélé exact. Cette seule journée est intense en sensation puissante.
Il ne reste que peu d’un passé glorieux des juifs ici. Une Bimah, salle de jeux des gamins…y jouant à la guerre.Les traces d’une vie juive est visible d’un simple regard.Ce ne sont que des traces. Si rien n’est fait cela disparaîtrait à tout jamais.
Il y a l’ancien Mikvé, je n’ai pas réussi à le trouver.Quant au cimetière juif il est énorme et très ancien. (16 e siècle).
Le nombre de pierres gisant sur le sol prouve la fureur avec laquelle les nazis se sont acharnés. Bien rares sont les personnes qui visitent le cimetière. Cette journée fut épuisante sur le plan émotionnel.
Je pensais y rester jusqu’à dimanche midi. Je décide d’écourter mon séjour. Pressée renter chez moi, de m’isoler.
Bon sang, ici aussi il faut une présence juive.dans la rue Zydowsky (rue juive) qui donne sur la place du marché (rynek) lieu de l’horreur, il y avait au numéro 13 un restaurant tzigane. J’aurai apprécier y aller. Passer un moment plus optimiste.Depuis peu il est fermer.Ce serait un bel endroit pour y ouvrir un restaurant juif.A Tarnow, le musée ethnographique à créer un musée de la culture tzigane (avec des tziganes).Il est fermé en ce long week-end. Le musée aimerait créer aussi un musée de la culture juive.
Comme à Oswiecim, à Cracovie dans Kazimierz serait-il dirigé par des non juifs
?Il faut faire la différence entre Kazimierz, qui est le quartier Inn , branché de Cracovie. Quartier faussement juif pour attirer les touristes.
Pourtant il existe une petite communauté juive à Cracovie. Pas assez folklorique. Un centre juif vient de s’y ouvrir. Il y a un rabbin.
A Oswiecim qui aurait pu ou voulu diriger le centre juif ? Le directeur fait un excellent travail.Je suis prête à étudier à fond le polonais pour venir à Tarnow.Est-il plus important de rester à Oswiecim, en tenant compte de l’existence du centre juif (ou il n’y a aucune personne juive) ou venir à Tarnow ?C’est la question que je dois me poser.
Encore faut-il qu’on veuille bien de moi à Tarnow. Rien n’est encore gagné.Est-il prétentieux, absurde de penser que ce que j’ai fait la première année à Birkenau devrait être fait aussi ici ?
Prier pour les victimes. À Birkenau j’étais à l’abri des regards.
À Tarnow, ce serait impossible. Comment pourrais-je le faire discrètement sur la place centrale ?
Dans peu de temps j’irai sans conviction à Cracovie pendant le festival de la culture juive Je viendrais à Tarnow durant ce séjour. Plus facile de Cracovie que d’Oswiecim. De Cracovie cela fait une heure en train. Cracovie.Lorsque je verrai les photos faites pendant ce séjour à Tarnow, je prendrais la réelle mesure de l’émotion et de l’impact.
Pour visiter le cimetière juif, il faut demander la clé à l office du tourisme. Ce n’est pas très loin mais cela fait une quinzaine de minutes de la place centrale.Se trouver seule avec la clé dans les mains est surprenant. Face à cette porte j’ai eu quelques difficultés à l’ouvrir. Cela est du à l émotion. À peine passée la porte, un chat est venu vérifier qui entrait. Les chats sont d’excellents gardiens de ce genre d’endroits. Il y en a à Birkenau. Il y avait un matou qui m’observait lorsque j’allais prier les premiers mois dans la synagogue à Oswiecim .J’en ai croiser un dans l’ancien ghetto à Tarnow.Il m’a gratifier d’un clin d’œil. Au cimetière juif un chat m’accueille.errer seule dans ce vaste et très ancien cimetière est lourd de sens. L angoisse noue la gorge. Difficile d y rester. Pourtant d’autres chats se sont montrés, m'observant. Nullement inquiet de ma présence. Plutôt intriguer.
Mon contact avec les animaux est fort. Le contact que j’ai avec les chats est particulier.Un des chats noirs me regardait d’un regard amical. Étrange.Ne suis-je pas meshugue !Le regard de cet animal fut du baume sur mes blessures de l’âme de ces dernières heures ?
Dans un état second je dois me secouer. Aller visiter autre chose. La vie est pleine de surprise.Tarnow aussi.J
’y ai découvert une place portant le nom de mon poète préfère : Sandor Petôfi.Poète révolutionnaire, transylvain, né à Debrecen ayant combattu pour l’indépendance en 1849 contre les Turcs.Une porte en bois sculptée de Szekelyi orne majestueusement la place. Au fond un monument avec une statue de Petôfi.
Il me faut penser à me nourrir ;Le restaurant tzigane étant fermé, je cherche un autre restaurant. Je trouve un resto sur la place centrale. Je finis rapidement par être la seule cliente. Pourtant le repas est excellent. L’ambiance y est un peu froide
.Encore une fois, je suis seule. La seule juive à Tarnow, la seule cliente dans cet excellent resto. Décidément la solitude me colle à la peau.
Mon escapade à Tarnow restera marquée dans ma mémoire.
Tout comme mon premier séjour à Cracovie. Le second soir, je fus bousculée par un groupe de jeunes touristes.
J’ai fait l’expérience des urgences à l’hôpital. La cassure et les fissure m’ont obligé de rentrer d’urgence à Bruxelles avec un énorme plâtre à une jambe.
Dès mon arrivée à l’hôtel où j’avais réserver une chambre simple, qui fus confirmé par email, on n’annonce qu’il ne reste plus qu’un appartement royal. Arrivée en début de soirée, j’étais coinçée .L’appartement immense donne sur la place.Durant ce long week-end les jeunes y viennent pour boire, se rencontrer. Impossible malgré les fenêtres fermées de dormir avant l’aube. De plus des concerts y sont organisés.
En plus la météo était exécrable. Le jour de mon départ un vent glacial soufflait. Nous sommes en juin, dans une des villes les plus chaudes de Pologne, je n’avais pas de manteau. N’ayant pas envisager des températures glaciales quasi hivernales.Vraiment je m’en souviendrais de mon séjour à Tarnow.
De retour à Oswiecim, je me concentre sur les photos faites dans un état second. Je me sens épuisée, brisée physiquement.
Chantal Maas

20:39 Écrit par cheana | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Réellement sympa ton billet à ce propos. En parlant de ça ce n'est pas le seul que j'estime intéressant. Allez vais regarder les autres billets!!

Écrit par : Réserver Mass effect 3 | 26/10/2011

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