19/10/2016

Budapest 1956- Budapest 2016

Budapest le 23 Octobre 1956

Les journaux de ce matin du 23 octobre étaient tous identiques.
Le Magyar Nemzet (Nation hongroise), quotidien du Front populaire, citait Sandor Petöfi (poète révolutionnaire tué en 1849 sur le champ de bataille par mes soldats russes du tsar, venus à la rescousse de l’empereur autrichien François-Joseph. Toute la nation hongroise s’était soulevée en 1848 contre la domination autrichienne).
Le journal insiste sur son enthousiasme, visant à l’éclosion de la démocratie populaire. Il souligne sa satisfaction concernant la réadmission au parti et au gouvernement de Imre Nagy.
Irodalmi Ujsag (gazette littéraire ; hebdomadaire de l’Union des écrivains) parue exceptionnellement avant son jour de publication, publie le matin du 23 octobre l’appel solennel des auteurs hongrois. Celui-ci sonne comme un ultimatum « nous exigeons une politique nationale indépendante, guidées par les idées du socialisme. »
Parmi les quotidiens nationaux, Szabad Nép (Le libre peuple) ; organe central du parti des travailleurs hongrois, il est le seul à tergiverser dans un style mitigé.
Les revendications, évoquées dans la presse hongroise de ce 23 octobre, avaient été imaginées, proposées, débattues depuis un certain temps. Toujours en vase clos.
Les idées dans un univers sous une chape de plomb, ne débordaient jamais dans la rue.
Le 22 octobre pour la toute première fois, le mot d’ordre fut prononcé sans hésitation : demain, tous à la manifestation !

Les exigences ont été rédigées la veille dans des endroits différents. Le creuset principal des idées nouvelles est le Cercle Petöfi.
Ce club de réflexion, formé dans la première moitié de l’année 1955 par un groupe d’étudiants, a été rejoint ensuite par des intellectuels. Il est devenu à partir de juin 1956, le centre de la contestation.

« La direction du Cercle Petöfi, à l’occasion de sa réunion du 22 octobre, tenant compte de la situation actuelle de notre pays et des opinions exprimées concernant les erreurs du passé, demande que le Comité central de notre parti soit convoqué le plus rapidement possible. Le camarade Imre Nagy doit être associé à la ^réparation de cette session. Il est indispensable que le parti et le gouvernement présentent clairement la situation économique du pays, qu’ils révisent les principes de notre plan quinquennal, et qu’ils définissent ensemble un programme constructif, correspondant aux spécificités nationales. Notre direction demande que le Comité central et le gouvernement assurent en Hongrie par tous les moyens le développement de la démocratie socialiste, en confiant le Front populaire ses attributions véritables et en développant la démocratie des travailleurs. Pour asseoir l’autorité du parti et du gouvernement, nous proposons que le camarade Imre Nagy, ainsi que d’autres camarades qui luttent pour des idées chères à Lénine, occupent la place leur revenant dans la direction du pari et du gouvernement. Notre direction propose que Matyas Rakosi soit exclu du Comité central du parti, qu’il soit privé de ses mandats de député et de membre du Présidium d’Etat.
Dans le but d’assurer la quiétude du parti, le Comité central doit empêcher toute tentative réactionnaire des éléments staliniens et rakosistes. Elle demande également que Mihaly Farkas soit poursuivi devant les tribunaux de la nation, selon les principes de la légalité socialiste. Nous suggérons le renforcement des relations hungaro-soviétiques, entre les deux partis, les deux Etats et les deux peuples, dans l’esprit léniniste de l’égalité mutuelle. »
Ces quelques phrases, rédigées dans la langue de bois issu de la vulgate communiste, mettant clairement en cause autant les personnes que les idées.

Au moment ou siégeaient les dirigeants du Cercle Petöfi, 2 000 élèves de la Faculté technique, à la pointe de la contestation, s’étaient également réunis pour récapituler leurs exigences vis-à-vis du pouvoir politique
Les (seize) points de leur appel allaient plus loin que les revendications du Cercle Petöfi.
«
- Retrait des troupes soviétiques de Hongrie
- Election des dirigeants du parti à bulletins secrets.
- Nomination d’Imre Nagy à la tête du gouvernement, élimination des éléments criminels de l’ère Rakosi. (Staline dirigeait la Hongrie d’une main de fer depuis huit ans par l’entremise dévouée de Rakosi, aussi intrigant que tyrannique).
- Comparution devant les tribunaux de Mihaly Farkas, responsable principale des crimes commis.
- Nouvelles élections législatives avec la participation des partis dissous.
- Etablissement de relations nouvelles avec l’URSS et la Yougoslavie dans les domaines politiques et économiques, sur des bases équitables.
- Réorganisation de l’économie sus la supervision de nos experts.
- Publication de tous les accords commerciaux internationaux, pour prendre connaissances de leur vraie nature.
- Révision du mécanisme actuel des prélèvements obligatoires imposés aux producteurs agricoles.
- Révision publique des procès politiques et économiques, élargissement des détenus condamnés sans motifs valables, rapatriement des détenus et des prisonniers de guerre hongrois, toujours détenus en Union Soviétique.
- Liberté totale de la presse et de la radio.
- Disparition du symbole de la répression stalinienne : la statue de Staline.
- Réhabilitation des armoiries de Kossuth (père du soulèvement anti-autrichien en 1848) à la place de l’actuel emblème du pays, étranger au peuple hongrois (l’étoile rouge à cinq branches au centre du drapeau hongrois).
- Solidarité avec les ouvriers et avec la jeunesse de Pologne.
- Organisation d’un grand défilé demain, le 23 octobre. Départ à 14h30 devant notre faculté. Nous marcherons ensemble jusqu’au monument au général Bem (commandant des troupes hongroises en 1849, durant la guerre d’indépendance contre l’armée autrichienne)), et nous déposerons une gerbe au souvenir de ce grand soldat polonais.
A suivre
C Maas
Parmi les seize points de l’appel des élèves de la Faculté technique de Budapest datant du 22 octobre 1956, un est d’actualité :
- Liberté totale de la presse et de la radio.


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20:59 Écrit par cheana dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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